LéOparleur,
Héraut de la chanson vagabonde
La débrouille comme philosophie, l'indépendance comme mode de vie. A la veille de célébrer leur douzième année d'existence et au terme d'une intense tournée estivale, LéOparleur mènent leur barque musicale comme ils l'entendent.
Apparu en phase finale d'effervescence de la scène rock alternative des années 1990, LéOparleur n'a pas mis longtemps à imposer son univers d'une tendre noirceur.
De bars en lieux associatifs, ses tours de France - d'Europe et d'ailleurs - répétés séduisent un public de plus en plus large. Les voir manier à la scène une flopée d'instruments demeure une expérience mémorable. En complément de ces moments de liesse fraternelle, LéOparleur finit par bricoler des disques dès 2002: Revoir la mer et Tout ce qui brille (2006) qui lui vaudront de louanges multiples.
Pour la famille Léo, l'aventure a encore emprunté un nouveau sentier avec Faut du rêve, troisième album pensé, imaginé et écrit lors d'une résidence d'écriture dans une finca autonome sise à la frontière de l'Andalousie.
Avec ses douze nouvelles chansons, LéOparleur creuse toujours le sillon d'une chanson guinguette ouverte à des sonorités plus vagabondes, balkaniques. Entre instruments à vent et cordes, percussions et accordéon, la voix de Josef égrène ses histoires imaginées sur la route: destins cabossés, fantômes qui hantent l'existence, promesses, amours avortés. Les cuivres renforçant ça et là les grincements de dents. D'une ouverture qui convoque par bribes Les Têtes raides, Serge Reggiani, Ferré ou les Négresses vertes à cet épilogue bercé par des voix de citoyens-artistes du monde, Faut du rêve tourneboule la tête et vivifie autant le possible que les jambes.
LéOparleur, c'est l'esprit toujours placé avant la lettre, le super 8 préféré au Dolby stéréo, beaucoup de petites vérités au lieu d'un vaste mensonge.
Histoire encore pour Maya Martinez, Joseph et Simon Oster, Jean Bernhardt, Grégory Pernet et Adrien Geschickt de se sentir moins seuls. Les Strasbourgeois reviendraient presque au sonorités des débuts, si ce n'est une mélancolie moins flagrante et l'absence de réminiscences «indés». Faut du rêve réaffirme par contre le goût des collages (sur)réalistes. Cette forme d'Art brut aussi de tous les instants d'un collectif qui envisage la chanson exclusivement comme un art vivant. Et ne saurait séparer dans son état d'esprit ses enregistrements de leurs prolongements scéniques.
De facéties en mordantes ironies, d'humour noir en maux d'époque, lancinantes rapsodies et allégresses oxygénantes alternent le biorythme des LéOparleur. La vigilance derrière le bastringue.
Joël Isselé